Chartres commune face l'UCIA
Par Rédaction le mercredi 20 février 2008, 11:10 - Développement économique Emploi - Lien permanent
Intervention de Claude SIMON acompagné de Marie-José AUBERT à l'invitation de commerçants de l’UCIA le 19 février 2008.
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, Je salue votre initiative comme une contribution intéressante au débat, à la confrontation des analyses et des projets des listes qui participent à la prochaine élection municipale. Je vous remercie non seulement pour cette invitation, mais pour le fait d’avoir accepté immédiatement que la liste Chartres –commune soir représentée ce soir par deux personnes, selon le principe qu’elle s’est donné d’avoir en toutes circonstances plusieurs représentants ou porte-parole. Pour les besoins de l’exposé, je serai donc le premier à parler ici comme sur la liste même, mais Marie-Josée Aubert pourra également intervenir pendant ma présentation ou si vous souhaitez nous poser des questions. Mon propos se déclinera en trois temps.
Intervention de Claude SIMON et Marie-José AUBERT à l'invitation de commerçants de l’UCIA le 19 février 2008.
Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, Je salue votre initiative comme une contribution intéressante au débat, à la confrontation des analyses et des projets des listes qui participent à la prochaine élection municipale. Je vous remercie non seulement pour cette invitation, mais pour le fait d’avoir accepté immédiatement que la liste Chartres –commune soir représentée ce soir par deux personnes, selon le principe qu’elle s’est donné d’avoir en toutes circonstances plusieurs représentants ou porte-parole. Pour les besoins de l’exposé, je serai donc le premier à parler ici comme sur la liste même, mais Marie-Josée Aubert pourra également intervenir pendant ma présentation ou si vous souhaitez nous poser des questions. Mon propos se déclinera en trois temps.
Préliminaires
1°) même si cela peut sembler sans lien avec les compétences d’une
municipalité, nous aimerions souligner que s’il n’y a pas de commerce sans
achat, il n’y a pas d’achat, à terme, sans pouvoir d’achat. Or
le moins que l’on puisse dire est qu’aujourd’hui le pouvoir d’achat du plus
grand nombre de nos concitoyens est en berne, ce qui n’est évidemment pas sans
conséquence sur la santé du commerce. Et comme, jusqu’à présent (= tant que la
droite n’aura pas réussi à la remplacer par une clientèle de cadres lassés ou
écartés par la vie parisienne) la population du bassin de vie chartrain est
majoritairement caractérisée par de bas salaires, et une précarité
grandissante, on mesure les difficultés que rencontre une activité commerciale
stable et pérenne.
2°) même si cela peut apparaître à certains comme provocateur ou ringard,
nous sommes attachés à une politique de rééquilibrage des revenus du travail et
du capital, ce dernier étant aujourd’hui à nos yeux nettement favorisé. En
dehors de notre engagement municipal, nous militons donc, sous des formes
diverses, pour une hausse des salaires, des retraites et des minimas
sociaux (donc du pouvoir d’achat), assortie de garanties de sécurité sociale
renforcée, et nous ne considérons pas, en vue globale, les cotisations
sociales comme des charges intolérables (même s’il y a sans doute en la
matière, toujours des mises à jour à faire) mais comme des contributions au
progrès social -et donc économique.
3°) nous constatons comme tout le monde que les mécanismes de concentration
puis de financiarisation du capital ont en 50 ans produit une montée en
puissance de grands groupes de distribution capables d’imposer leur
loi à des pans entiers de l’économie européenne, et notamment française. Soit
dit en passant, nous n’attachons pas grande valeur aux prétendues luttes
« pour le pouvoir d’achat » ou « contre la vie chère » que
développe la communication de ces groupes. Il n’est que de voir comment ils
traitent leurs propres salariés, dont nous sommes totalement solidaires quand
ils dénoncent leurs bas revenus pour des conditions de travail précaires. Cela
dit, il n’est pas sûr que, dans ce système même que nous critiquons, le point
d’équilibre entre la grande distribution conquérante et le petit commerce de
proximité, en recul sur bien des fronts, soit aujourd’hui atteint, de même
qu’entre artisanat et chaînes de magasins dotés de services après vente…Les
récentes préconisations du rapport Attali, qui visent à abroger les lois
Royer-modifiée Raffarin (1973-1996) sur la régulation de l’implantation des
grandes surfaces, et Galland (1996) sur la définition du seuil de vente à perte
vont en effet, au nom du « pouvoir d’achat », dans le sens d’une liberté
plus grande encore pour les hypermarchés et magasins de maxi-discount pour
faire régner leur loi. Ne parlons pas même de la future loi dite de
« modernisation de l’économie » annoncée par Madame Lagarde pour le
printemps (donc après le 16 mars…), qui devrait selon ses propres termes
« rétablir la négociabilité totale des conditions générales de vente et
des tarifs ». On a d’ores et déjà l’impression que le scénario sur lequel s’est
cristallisé le psychodrame chartrain sur le SCOT était écrit
de bien loin, et pour l’essentiel à l’écart de consommateurs…dont on oublie
qu’ils sont aussi des citoyens. Même si les enjeux financiers et commerciaux
leur échappent en partie, ils ne sont pas sûrs que certains élus qui ont
accepté ce projet les aient mieux perçus qu’eux. Et surtout, ils sont
évidemment convaincus qu’il n’y a pas là qu’une affaire d’«aménagement du
territoire» ! Et si l’on veut vraiment en revenir à cet objectif, il
faudra reprendre le dossier bien en amont, et avec beaucoup de transparence et
de ténacité…
La situation chartraine
Cela posé, la situation proprement chartraine ne présente guère
d’originalité, si ce n’est peut-être que semblent coexister de façon plus
tranchée qu’ailleurs deux villes différentes organisées
chacune autour d’une centre commercial d’époques bien différentes (même si le
plus vieux a su s’adapter en jouant notamment de ses charmes propres) :
que serait La Madeleine sans le centre commercial organisé et même désigné par
une de ces grandes entreprises de distribution, que serait le
« centre-ville » sans les noms de rues qui portent encore souvent le
noms et la marque des corporations médiévales – même si celles-ci bien souvent
ont déserté depuis longtemps le terrain au profit de telle ou telle enseigne
« franchisée » de passage… ? Entre ces deux villes, beaucoup de
zones à peu près désertées par les commerces (Rechèvres, mais aussi Chanzy, ou
Saint Chéron, ou les Hauts de Chartres ou le Bourgneuf ou Saint Brice…) et une
situation intermédiaire aux quelques points où sont installées des moyennes
surfaces…
Une autre évolution caractéristique de Chartres et des villes de même
importance : la disparition progressive des commerçants
artisans notamment dans le commerce de bouche. Dans les quartiers, ils
disparaissent avec la retraite de leur dernier porteur de témoin. Dans les
centre villes, ils sont à mesure remplacés par des magasins d’habillement, de
téléphonie, de décoration, d’accessoires, des agences bancaires et/ou de
compagnies d’assurance, des agences immobilières. Ainsi la question du commerce
de proximité se pose-t-elle aussi, à sa manière, dans la zone la plus
commerçante de la ville. Toutefois, aux dires de nombre de Chartrains et de
commerçants, les récents travaux effectués par la municipalité sortante ont
passablement accéléré cette évolution, et cela sans trop d’état d’âme,
semble-t-il, de la part des élus locaux. Le régime actuel de la circulation et
du stationnement des voitures dans le centre historique entérine cette
évolution, et le plus gros commerçant du centre ville est peut-être désormais
la société Q-park ! Contemporaine de l’extension et de l’installation
durable d’une culture des centre villes piétonniers, cette disparition des
commerçants artisans et des commerces de bouche lui est d’ailleurs souvent
imputée et est ressentie souvent comme une perte dans la qualité des services
et dans la solidarité de voisinage. Même s’il y a là des tendances assez
lourdes à l’œuvre, ne peut-on pas assouplir ou mieux négocier cette évolution
?
Nos principes et orientations
1°) une ville ne peut pas tout, mais elle doit mobiliser ses énergies pour
que les activités commerciales continuent d’avoir droit de cité dans
leur diversité. De même, si les contraintes ne sont évidemment pas les
mêmes pour tous les types de commerces (entre un poissonnier et une agence
immobilière) et s’il faut écouter tout le monde spécifiquement, une
municipalité ne saurait sans dommage accorder au sein d’une même corporation de
passe droit à l’un contre l’autre. Ou encore : si les commerçants
contribuent de fait pour beaucoup à l’animation et à la vie d’un quartier, ils
ne peuvent en tirer de pouvoir ni de prérogatives particulières, par exemple en
matière d’empiètement sur la voie publique. Il s’agit de faire respecter tout
simplement le principe républicain, auquel nous sommes (peut-être naïvement ?)
attachés. Au-delà de ce principe, notre volonté de systématiquement consulter
la population à chaque étape de chaque projet s’appliquera pleinement à votre
égard. Nous envisageons de créer à cet égard une instance de
concertation.
2°) nous sommes plus spécifiquement attachés à l’idée que tous les
Chartrains ont un même droit à la ville, où qu’ils habitent, et quelle que soit
leur situation sociale personnelle. Or, même si certains ont délibérément
choisi de vivre dans des quartiers résidentiels à l’écart des zones
commerciales, la disparition des commerces de proximité dans nombre de
quartiers pénalise notamment les personnes âgées et handicapées. Nous nous
efforcerons de travailler à une complémentarité du commerce de
proximité et des grandes surfaces. Nous examinerons si la loi
récemment promulguée, autorisant la préemption de locaux commerciaux pour
maintenir des activités commerciales pourra être utilisée de façon originale à
Chartres dans certains quartiers, et accompagnée par exemple d’un effort pour
la réalisation de places de stationnement.
3°) si nous rapprochons les échos de beaucoup de commerçants du centre
piétonnier sur la baisse d’activité liée aux nouveaux dispositifs de
circulation et de stationnement, il nous paraît souhaitable, dans le
cadre de la nécessaire renégociation de la DSP avec la société Q-Park,
d’obtenir la gratuité de la première heure en sous sol (je rappelle qu’en
l’état actuel du contrat, cette proposition est inenvisageable). Les questions
d’accessibilité pour les livraisons, le stationnement momentané, devraient être
traitées avec quelques assouplissements, afin de rechercher un meilleur
équilibre entre secteur piétonnier (que nous envisageons d’étendre en basse
ville) secteur cyclable (que nous voulons aménager de façon plus sûre), et
secteur ouvert aux voitures, dans la mesure où nous projetons de mettre à terme
en place des parkings de périphérie avec navettes gratuites vers le centre,
même tard en soirée. Il s’agit en effet de remettre à l’endroit un
fonctionnement pervers : sur l’espace public le stationnement est payant
(c’est un racket qui pénalise toute le monde :commerçants, consommateurs et
contribuables) alors que, de fait sinon de droit, il est gratuit sur les
parkings des supermarchés alentour, qui servent du coup de parkings longue
durée ! (mais jusqu’à quand, si cette clientèle devient ainsi captive
?)
4°) Cela aurait pu paraître évident il y a quelques décennies, mais le
libéralisme du système « que le meilleur gagne et malheur au vaincu »
est passé par là : nous souhaitons encourager et soutenir la
stabilité des enseignes, comme un gage d’engagement pour le
rayonnement de la ville, pour le service et le confort de ses habitants, pour
le dynamisme commercial et économique lui-même. Nous nous efforcerons en ce
sens d’endiguer la spéculation immobilière, notamment sur les rues du centre
ville et de l’hypercentre, afin que les commerçants installés ne soient pas
tentés de quitter la place avec armes, bagages et savoir faire.
5°) nous encouragerons, dans un bon équilibre avec les commerces
sédentaires, le développement des marchés, notamment en
aménageant celui de Beaulieu, aujourd’hui en plein vent.
6°) nous sommes prêts à réévaluer et repenser l’ensemble des
animations de la ville : le commerce est à cet égard un
partenaire incontournable, mais la ville a plus que son mot à dire. Il n’est
pas sûr, par exemple que le bruit, la sonorisation inconsidérée de certains
quartiers à certains moments soient nécessaires à la bonne santé du commerce.
Il n’est pas question de supprimer quelque animation que ce soit, mais
peut-être de les répartir plus efficacement dans diverses parties du centre,
voire de la périphérie.
7°) nous serons également attentifs aux équilibres entre les activités des
différentes générations et des commerces qui les accueillent : les
heures de fermetures des bars seront réexaminées sans
dérogation ni passe droit.
8°) nous ferons avec vous le bilan du nouveau système de collecte
des ordures, et des heures de leur ramassage.
9°) nous vous solliciterons enfin dans le développement concerté
d’un tourisme qui, parce que nous sommes à Chartres, part quasi
nécessairement de la cathédrale, mais pourrait prendre son essor bien au-delà,
notamment si ensemble nous parvenons à mettre en valeur d’autres aspects de
notre patrimoine ou de notre culture vivante.
Je vous remercie de votre attention.
Commentaires
Etrange ambiance à la CCi ce mardi soir! Déjà une demi-heure de retard. Pendant ce temps les petits fours se préparent... Françoise Vallet sort, après sans doute un peu d'échauffement dans la salle. Deux ou trois commerçants la rejoignent, et prennent à partie Lebon qui nous dit "je vous en souhaite, il n'y a pas beaucoup de commerçants là-dedans, c'est plein d'UMP". Pendant ce temps Chevée arrive ... et nous salue.
Quand vient notre tour, nous constatons qu'effectivement c'est
carrément la claque gorgienne qui est là: Masselus (pas commerçant)
Teilleux, Dorange je crois, le petit Baudinet et ses copains, et
plein d'autres que je ne connais pas. Je me retrouve seul sur une
scène, avec un pupitre (genre président des USA). Il fait très soif
dans ma bouche. Heureusement que Marie-Jo, assise au premier rang,
l'entend à mon articulation empâtée et m'apporte une bouteille d'eau.
Après, ça va plutôt bien. Le début de mon topo sur les questions
générales semble impatienter la compagnie. Tant pis pour eux. Sur la
situation chartraine, ils sont d'un coup plus attentifs, et plus à
cran. Les questions sont plutôt de mauvaise foi (ou bien c'est que
mon texte était trop difficile à comprendre ; il faut dire aussi que je les ai cherchés sur la taxe professionnelle) sur l'ouverture de bars, sur le prix du parking, sur le tourisme (à ce propos un commerçant a joué le mauvais rôle de celui qui cherchait à faire rire à nos dépens...). Quelques
applaudissements quand même à la fin... de la part de Farion et de
ses fans qui avaient, eux décidé de rester (apparemment c'était donc
possible de venir en force avec ses colistiers). Mais nous, quand on
s'est retrouvé descendu de l'estrade, on a préféré s'en aller. Tant
pis pour le champagne et les petit fours, et pour Gorges qui n'aura
même pas eu le temps ni l'honneur de nous serrer la main (on s'est
débrouillé pour l'éviter).
Bilan: ça aura au moins servi à nous galvaniser. On n'avait rien à
perdre; on n'aura sans doute rien gagné (encore que: dans cette
ambiance quelqu'un qui ne nous aurait pas trouvé si ridicules
n'aurait pas pu le dire publiquement), sauf une conscience encore plus claire que ça va être un vrai combat. D'une certaine manière le plus dur est fait. Hasta la victoria siempre!
Claude
Salut Claude
Bonne initaitaive et bonne inetervention. Je pense que beaucoup ne s'attendait pas une intervention de si bonne qualité et si politique.
Sans illusion (bien que on ne sache jamais ... il n'y a pas forcément que des bourges chez les commerçants) au moins la partie réactionnaire d'entre eux sait que la liste "Chartres Commune", c'est du sérieux. Pour les soutient sà Gorges, ils savent que nous avons relevés le défi de la lutte politique et de classe !
Bon courage pour la suite.
Raymond