Intervention de Claude SIMON et Marie-José AUBERT à l'invitation de commerçants de l’UCIA le 19 février 2008.

Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, Je salue votre initiative comme une contribution intéressante au débat, à la confrontation des analyses et des projets des listes qui participent à la prochaine élection municipale. Je vous remercie non seulement pour cette invitation, mais pour le fait d’avoir accepté immédiatement que la liste Chartres –commune soir représentée ce soir par deux personnes, selon le principe qu’elle s’est donné d’avoir en toutes circonstances plusieurs représentants ou porte-parole. Pour les besoins de l’exposé, je serai donc le premier à parler ici comme sur la liste même, mais Marie-Josée Aubert pourra également intervenir pendant ma présentation ou si vous souhaitez nous poser des questions. Mon propos se déclinera en trois temps.

Préliminaires

1°) même si cela peut sembler sans lien avec les compétences d’une municipalité, nous aimerions souligner que s’il n’y a pas de commerce sans achat, il n’y a pas d’achat, à terme, sans pouvoir d’achat. Or le moins que l’on puisse dire est qu’aujourd’hui le pouvoir d’achat du plus grand nombre de nos concitoyens est en berne, ce qui n’est évidemment pas sans conséquence sur la santé du commerce. Et comme, jusqu’à présent (= tant que la droite n’aura pas réussi à la remplacer par une clientèle de cadres lassés ou écartés par la vie parisienne) la population du bassin de vie chartrain est majoritairement caractérisée par de bas salaires, et une précarité grandissante, on mesure les difficultés que rencontre une activité commerciale stable et pérenne.

2°) même si cela peut apparaître à certains comme provocateur ou ringard, nous sommes attachés à une politique de rééquilibrage des revenus du travail et du capital, ce dernier étant aujourd’hui à nos yeux nettement favorisé. En dehors de notre engagement municipal, nous militons donc, sous des formes diverses, pour une hausse des salaires, des retraites et des minimas sociaux (donc du pouvoir d’achat), assortie de garanties de sécurité sociale renforcée, et nous ne considérons pas, en vue globale, les cotisations sociales comme des charges intolérables (même s’il y a sans doute en la matière, toujours des mises à jour à faire) mais comme des contributions au progrès social -et donc économique.

3°) nous constatons comme tout le monde que les mécanismes de concentration puis de financiarisation du capital ont en 50 ans produit une montée en puissance de grands groupes de distribution capables d’imposer leur loi à des pans entiers de l’économie européenne, et notamment française. Soit dit en passant, nous n’attachons pas grande valeur aux prétendues luttes « pour le pouvoir d’achat » ou « contre la vie chère » que développe la communication de ces groupes. Il n’est que de voir comment ils traitent leurs propres salariés, dont nous sommes totalement solidaires quand ils dénoncent leurs bas revenus pour des conditions de travail précaires. Cela dit, il n’est pas sûr que, dans ce système même que nous critiquons, le point d’équilibre entre la grande distribution conquérante et le petit commerce de proximité, en recul sur bien des fronts, soit aujourd’hui atteint, de même qu’entre artisanat et chaînes de magasins dotés de services après vente…Les récentes préconisations du rapport Attali, qui visent à abroger les lois Royer-modifiée Raffarin (1973-1996) sur la régulation de l’implantation des grandes surfaces, et Galland (1996) sur la définition du seuil de vente à perte vont en effet, au nom du « pouvoir d’achat », dans le sens d’une liberté plus grande encore pour les hypermarchés et magasins de maxi-discount pour faire régner leur loi. Ne parlons pas même de la future loi dite de « modernisation de l’économie » annoncée par Madame Lagarde pour le printemps (donc après le 16 mars…), qui devrait selon ses propres termes « rétablir la négociabilité totale des conditions générales de vente et des tarifs ». On a d’ores et déjà l’impression que le scénario sur lequel s’est cristallisé le psychodrame chartrain sur le SCOT était écrit de bien loin, et pour l’essentiel à l’écart de consommateurs…dont on oublie qu’ils sont aussi des citoyens. Même si les enjeux financiers et commerciaux leur échappent en partie, ils ne sont pas sûrs que certains élus qui ont accepté ce projet les aient mieux perçus qu’eux. Et surtout, ils sont évidemment convaincus qu’il n’y a pas là qu’une affaire d’«aménagement du territoire» ! Et si l’on veut vraiment en revenir à cet objectif, il faudra reprendre le dossier bien en amont, et avec beaucoup de transparence et de ténacité…

La situation chartraine

Cela posé, la situation proprement chartraine ne présente guère d’originalité, si ce n’est peut-être que semblent coexister de façon plus tranchée qu’ailleurs deux villes différentes organisées chacune autour d’une centre commercial d’époques bien différentes (même si le plus vieux a su s’adapter en jouant notamment de ses charmes propres) : que serait La Madeleine sans le centre commercial organisé et même désigné par une de ces grandes entreprises de distribution, que serait le « centre-ville » sans les noms de rues qui portent encore souvent le noms et la marque des corporations médiévales – même si celles-ci bien souvent ont déserté depuis longtemps le terrain au profit de telle ou telle enseigne « franchisée » de passage… ? Entre ces deux villes, beaucoup de zones à peu près désertées par les commerces (Rechèvres, mais aussi Chanzy, ou Saint Chéron, ou les Hauts de Chartres ou le Bourgneuf ou Saint Brice…) et une situation intermédiaire aux quelques points où sont installées des moyennes surfaces…

Une autre évolution caractéristique de Chartres et des villes de même importance : la disparition progressive des commerçants artisans notamment dans le commerce de bouche. Dans les quartiers, ils disparaissent avec la retraite de leur dernier porteur de témoin. Dans les centre villes, ils sont à mesure remplacés par des magasins d’habillement, de téléphonie, de décoration, d’accessoires, des agences bancaires et/ou de compagnies d’assurance, des agences immobilières. Ainsi la question du commerce de proximité se pose-t-elle aussi, à sa manière, dans la zone la plus commerçante de la ville. Toutefois, aux dires de nombre de Chartrains et de commerçants, les récents travaux effectués par la municipalité sortante ont passablement accéléré cette évolution, et cela sans trop d’état d’âme, semble-t-il, de la part des élus locaux. Le régime actuel de la circulation et du stationnement des voitures dans le centre historique entérine cette évolution, et le plus gros commerçant du centre ville est peut-être désormais la société Q-park ! Contemporaine de l’extension et de l’installation durable d’une culture des centre villes piétonniers, cette disparition des commerçants artisans et des commerces de bouche lui est d’ailleurs souvent imputée et est ressentie souvent comme une perte dans la qualité des services et dans la solidarité de voisinage. Même s’il y a là des tendances assez lourdes à l’œuvre, ne peut-on pas assouplir ou mieux négocier cette évolution ?

Nos principes et orientations

1°) une ville ne peut pas tout, mais elle doit mobiliser ses énergies pour que les activités commerciales continuent d’avoir droit de cité dans leur diversité. De même, si les contraintes ne sont évidemment pas les mêmes pour tous les types de commerces (entre un poissonnier et une agence immobilière) et s’il faut écouter tout le monde spécifiquement, une municipalité ne saurait sans dommage accorder au sein d’une même corporation de passe droit à l’un contre l’autre. Ou encore : si les commerçants contribuent de fait pour beaucoup à l’animation et à la vie d’un quartier, ils ne peuvent en tirer de pouvoir ni de prérogatives particulières, par exemple en matière d’empiètement sur la voie publique. Il s’agit de faire respecter tout simplement le principe républicain, auquel nous sommes (peut-être naïvement ?) attachés. Au-delà de ce principe, notre volonté de systématiquement consulter la population à chaque étape de chaque projet s’appliquera pleinement à votre égard. Nous envisageons de créer à cet égard une instance de concertation.

2°) nous sommes plus spécifiquement attachés à l’idée que tous les Chartrains ont un même droit à la ville, où qu’ils habitent, et quelle que soit leur situation sociale personnelle. Or, même si certains ont délibérément choisi de vivre dans des quartiers résidentiels à l’écart des zones commerciales, la disparition des commerces de proximité dans nombre de quartiers pénalise notamment les personnes âgées et handicapées. Nous nous efforcerons de travailler à une complémentarité du commerce de proximité et des grandes surfaces. Nous examinerons si la loi récemment promulguée, autorisant la préemption de locaux commerciaux pour maintenir des activités commerciales pourra être utilisée de façon originale à Chartres dans certains quartiers, et accompagnée par exemple d’un effort pour la réalisation de places de stationnement.

3°) si nous rapprochons les échos de beaucoup de commerçants du centre piétonnier sur la baisse d’activité liée aux nouveaux dispositifs de circulation et de stationnement, il nous paraît souhaitable, dans le cadre de la nécessaire renégociation de la DSP avec la société Q-Park, d’obtenir la gratuité de la première heure en sous sol (je rappelle qu’en l’état actuel du contrat, cette proposition est inenvisageable). Les questions d’accessibilité pour les livraisons, le stationnement momentané, devraient être traitées avec quelques assouplissements, afin de rechercher un meilleur équilibre entre secteur piétonnier (que nous envisageons d’étendre en basse ville) secteur cyclable (que nous voulons aménager de façon plus sûre), et secteur ouvert aux voitures, dans la mesure où nous projetons de mettre à terme en place des parkings de périphérie avec navettes gratuites vers le centre, même tard en soirée. Il s’agit en effet de remettre à l’endroit un fonctionnement pervers : sur l’espace public le stationnement est payant (c’est un racket qui pénalise toute le monde :commerçants, consommateurs et contribuables) alors que, de fait sinon de droit, il est gratuit sur les parkings des supermarchés alentour, qui servent du coup de parkings longue durée ! (mais jusqu’à quand, si cette clientèle devient ainsi captive ?)

4°) Cela aurait pu paraître évident il y a quelques décennies, mais le libéralisme du système « que le meilleur gagne et malheur au vaincu » est passé par là : nous souhaitons encourager et soutenir la stabilité des enseignes, comme un gage d’engagement pour le rayonnement de la ville, pour le service et le confort de ses habitants, pour le dynamisme commercial et économique lui-même. Nous nous efforcerons en ce sens d’endiguer la spéculation immobilière, notamment sur les rues du centre ville et de l’hypercentre, afin que les commerçants installés ne soient pas tentés de quitter la place avec armes, bagages et savoir faire.

5°) nous encouragerons, dans un bon équilibre avec les commerces sédentaires, le développement des marchés, notamment en aménageant celui de Beaulieu, aujourd’hui en plein vent.

6°) nous sommes prêts à réévaluer et repenser l’ensemble des animations de la ville : le commerce est à cet égard un partenaire incontournable, mais la ville a plus que son mot à dire. Il n’est pas sûr, par exemple que le bruit, la sonorisation inconsidérée de certains quartiers à certains moments soient nécessaires à la bonne santé du commerce. Il n’est pas question de supprimer quelque animation que ce soit, mais peut-être de les répartir plus efficacement dans diverses parties du centre, voire de la périphérie.

7°) nous serons également attentifs aux équilibres entre les activités des différentes générations et des commerces qui les accueillent : les heures de fermetures des bars seront réexaminées sans dérogation ni passe droit.

8°) nous ferons avec vous le bilan du nouveau système de collecte des ordures, et des heures de leur ramassage.

9°) nous vous solliciterons enfin dans le développement concerté d’un tourisme qui, parce que nous sommes à Chartres, part quasi nécessairement de la cathédrale, mais pourrait prendre son essor bien au-delà, notamment si ensemble nous parvenons à mettre en valeur d’autres aspects de notre patrimoine ou de notre culture vivante.

Je vous remercie de votre attention.