Pour la République du centre, Claude Simon a accepté de répondre à un questionnaire identique adressé par Thierry Châtelier à tous les candidats à la mairie de Chartres. À paraître le 5 mars.
1. Comment jugez-vous la politique culturelle de l'équipe sortante? A-t-elle été suffisamment ambitieuse? (Réussites, erreurs, oublis)
La politique culturelle de l'équipe Gorges a essentiellement été marquée par
une grande ignorance du monde et des finalités de la culture, un mépris affiché
pour certains de ses acteurs, et plus généralement par l'absence d'ambition et
de projet culturel. Il n'est donc pas étonnant que la ville ait cédé à la
pratique des appels d'offre (qui s'apparente à une application des lois du
marché à la culture), à la priorité à l'animation (réanimation?) contre
l'éducation c'est-à-dire à une conception de la culture comme "attraction"
pouvant servir le prestige de la ville et de ses dirigeants. Pendant ce temps
les équipements de proximité (bibliothèque de Beaulieu et de la Madeleine,
bibliobus, Musées,...) ont été délaissés. Et surtout, les MPT, au rôle
irremplaçable dans l'irrigation du tissu culturel, ont été
sacrifiées.
2. Comment peut-on améliorer, étoffer, diversifier la programmation théatrale et musicale?
Il convient d'abord d'affirmer des exigences de qualité artistique et
sociale: l'accès de tous à la culture est un moteur essentiel du progrès social
et humain. Il faut ensuite élaborer un ou des projets concertés avec les
acteurs de la vie culturelle (professionnels, associations, enseignants...), et
nommer des responsables municipaux qui partagent et soient capables de porter
politiquement cette ambition. La programmation dans les structures existantes
reviendra à ces responsables, en toute indépendance sur le plan artistique,
mais la municipalité s'efforcera d'inciter à une meilleure coordination des
programmation au niveau de l'agglomération, en initiant une synergie entre les
salles existantes. C'est pourquoi...
3. De nouveaux équipements sont-ils nécessaires pour dynamiser la culture à Chartres?
...avant de programmer la construction de nouveau équipements, nous ferons,
avec les acteurs de la vie culturelle, le recensement des moyens matériels et
surtout humains. Ici comme ailleurs nous mettrons les hommes avant le béton.
Pas d'équipements sans équipes constituées en mesure de les faire fonctionner.
La priorité (et peut-être la finalité) est de créer du lien social et humain.
Pour nous la culture commence à partir du moment où deux personnes se
rencontrent et s'offrent un geste, un objet, une parole... Les MPT peuvent être
des lieux pour créer ces simples rencontres. Cela dit, à terme, rien ne nous
empêche de penser que sur certains domaines précis ( musiques amplifiées, musée
de l'archéologie, de la mosaïque...) des besoins d'extension ou de construction
se feront effectivement jour.
4. Comment aider et promouvoir les artistes locaux?
La première exigence est de faire confiance aux artistes, et d'en finir avec
la chasse aux sorcières. Bien sûr aussi le subventionnement doit être assuré de
façon plus pérenne. Mais surtout, nous aimerions aider les artistes locaux à
travailler ensemble, à élaborer des projets partagés (entre eux, et surtout
avec la population, la vie associative, le monde de l'éducation). Nous
définirons avec eux dans la transparence (par exemple au sein d'un Conseil
Culturel), les critères d'attribution des subventions. Nous donnerons priorité
à l'éducation à la culture, en favorisant la familiarité de tous avec les
oeuvres d'art et en faisant en sorte que les lieux de création soient aussi des
lieux d'éveil, de sensibilisation, de formation aux arts et à la culture (non
seulement littéraire et patrimoniale, mais aussi scientifique, technique et
professionnelle). Aider les artistes (locaux ou non) c'est donc d'abord créer
et élargir avec eux des publics, ce peut être aussi une aide plus directe à la
création (commande d'oeuvres, par exemple).
En conclusion, nous pensons qu'en matière de culture comme sur d'autres
points la ville a un devoir d'innovation et d'ambition: elle peut (re)devenir
un acteur essentiel de la vie culturelle à Chartres comme en France, à un
moment ou l'Etat se désengage davantage.
pour Chartres-commune
Claude SIMON